C’est l’histoire d’une odyssée dijonnaise. Un grand et beau voyage depuis le Domaine du Lac, offert par la revue Infinity et ses délicieuses artistes dans la plus pure tradition du music-hall. Bêtes de scène, ces odysséennes !

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage. La troupe de la revue Infinity a en effet parcouru quelques kilomètres pour sauter sur les planches des cabarets français. Entre Dijon et Soultzmatt, en Alsace, où est implanté l’autre protégé d’Odysséo (le Paradis des Sources), ces jeunes artistes venus d’Ukraine, de Russie ou de Chine ont goûté au music-hall « à la française ». Ils y ont pris goût. Parmi eux, des jeunes femmes dont le talent n’a d’égal que leur persévérance pour mener de front cette vie itinérante si particulière, comme hors des codes et du temps.

Karina, Anna, Veronika, Irina, Valeria, Pu… De Kiev ou de Pékin, toutes ont quitté leur pays pour vivre comme elles l’entendent, comme des artistes. Elles se sont alors retrouvées aux côtés de leur « papa de la scène », Jean-Marie Eblé, pour donner vie à Infinity, entre septembre et juin moyennant quelque 130 représentations. 130 shows à fleur de peau, validant le pari d’installer en « province » des revues de haute volée.


LA BEAUTÉ DES CORPS


Infinity, c’est un « voyage à travers les quatre éléments : l’eau, l’air, le feu et la terre », qui met en scène une muse éponyme, dont la beauté parfaite doit sauver la conscience des hommes. Karina, jeune ukrainienne de 22 ans, est l’élue. Les abdominaux et le sourire saillants, elle incarne le rôle à la perfection. Dans l’assistance, forcément, les regards sont attentifs. « Mais on doit apprécier le spectacle offert par ces jeunes femmes sans avoir un oeil lubrique, fait bien de préciser Jean-Marie. Nous ne sommes pas des marchands de corps, l’essence même du cabaret est d’être chic et glamour. »

Il faut aussi apprécier les splendides costumes, dans lesquels chacun secoue son « truc en plume » comme le chantait Zizi Jeanmaire. L’ensemble est harmonieux. L’assistance, les yeux écarquillés, ne dira pas le contraire. Puis, cette jolie famille du music-hall s’amuse sur scène et ça se sent. « Ils forment un groupe solidaire, inventif et très volontaire » dit leur papa de la scène. Lui seul sait quel périple ils ont du vivre pour exprimer leur talent sur les planches.


HOMME À FEMME


© Christophe Remondière
© Christophe Remondière

Jean-Marie Eblé est un directeur artistique qui n’aime pas rester loin de la scène trop longtemps. Accent à l’appui, l’Alsacien ne se fait pas prier pour monter sur les planches. « C’est comme une thérapie », confie celui qui se grime en Octave Octavia lors de la première partie d’Infinity. Une femme un peu vulgaire, qui finit par devenir « une » homme. « Tout le monde a une part de féminité. J’en ai une, avec laquelle j’aime jouer » explique simplement notre Mulhousien rock’n’roll. Le bougre s’amuse quand il entend murmurer l’assistance interloquée. « Tu vois, je t’avais dit que c’était une femme ! » Perdu. Jean-Marie est tout ce qu’il y a de plus masculin, mais il est capable de transformer sa voix caverneuse pour monter très haut dans les aigus, jusqu’à cinq octaves. Ce petit jeu l’amuse et il n’hésite pas à donner de sa personne avec le public attablé, « jusqu’à une certaine limite, car j’arrive très vite à cerner qui est mal à l’aise et qui veut s’amuser ». Il a en tout cas de chouettes odysséennes à ses côtés. Et encore de beaux voyages à faire.

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