Au bout de la route, un clip et un enregistrement dans un studio new-yorkais qui a accueilli Alicia Keys et Shakira. Si j’étais maire de ma ville, le concours auquel s’est associé l’association Dans ta face promotion, fait rimer rap, citoyenneté et féminité. Sept Bourguignonnes sont dans la compétition avec la ferme intention de bousculer au moins quelques idées reçues.
Tout a commencé dans la banlieue parisienne, quand Omar Dawson a lancé un concours régional de rap autour de la citoyenneté : Si j’étais maire de ma ville. Rejoint par l’association dijonnaise Dans ta face promotion, le projet séduit les jeunes dans les quartiers, attire les médias et intrigue les élus. Après une deuxième édition qui a connu un succès grandissant, le concours a franchi une nouvelle étape : il s’est lancé à l’assaut de la France en se tournant vers les filles, quasiment absentes des précédentes éditions.
Le président de Dans ta face promotion évoque les difficultés qu’il a rencontrées. « Pour participer, il fallait avoir un passeport pour aller aux États-Unis en cas de victoire et ne pas être bloqué par des problèmes judiciaires, explique Cédric Tarteret. On a vu des filles abandonner parce que leur entourage faisait barrage. D’autres avaient du talent mais pas la bonne attitude. Certaines n’ont tout simplement pas pris la peine d’envoyer une photo. Tout ça sans compter quelques égos démesurés, des filles qui se prenaient pour des divas, refusant le thème imposé. »
Si le candidat jouit d’une totale liberté en sélection, la phase finale lui impose en revanche de reprendre les codes du rap, pour porter un discours autour des valeurs citoyennes. Si j’étais maire de ma ville est le fil conducteur des textes de rap ou de slam qui serviront à départager les 30 finalistes. Bien que les médias et la scène hip hop ne fassent qu’une mince place aux artistes féminines, les jeunes femmes sont nombreuses à vouloir s’exprimer en musique, en témoignent les centaines de vidéos reçues de France entière par les organisateurs. Parmi elles, sept compositrices en Bourgogne Franche-Comté ont saisi la chance d’accéder à un projet artistique international. Marlène, Émilie, Fanny, Robine, Sarah, Aurélie et Laura ont séduit le jury de professionnels. Elles doivent désormais chercher l’inspiration dans le thème imposé pour avoir une chance de figurer parmi les trois gagnantes.
Les mots du cœur
Au-delà de sa fonction de télé-crochet, Si j’étais maire de ma ville amène les jeunes participantes à s’interroger sur leur environnement, leurs conditions de vie, les choix qu’elles feraient pour la communauté et le sens des responsabilités politiques. Sur ce point, elles ne manquent pas d’idées !
Laura, 22 ans, met beaucoup de choses derrière le mot citoyenneté : « Ce thème me donne l’occasion de parler de ce qui me tient à cœur comme la place des femmes, l’égalité pour tous ou encore l’éducation et la protection de l’enfance. » Aurélie, 19 ans, veut quant à elle véhiculer des valeurs comme le partage
et la solidarité. Ce concours lui a permis de « dénoncer
ce qu’on vit au quotidien, notamment dans les quartiers ».
« Si j’étais maire, dit-elle, je mettrais en avant la culture, le travail des jeunes, la lutte contre les discriminations et j’essaierais
de montrer que la femme a un statut important. »
Intarissable malgré son jeune âge, elle évoque une société trop égoïste, tournée vers l’argent. « Il faut rééquilibrer les richesses et mettre en place des salaires plus justes. Il faut privilégier ceux qui travaillent de leurs mains plutôt que les actionnaires. » Parmi les filles, il y a aussi les romantiques qui ont dû se pencher sur un sujet qu’elles n’avaient jamais abordé. C’est le cas de Sarah, 25 ans, la rockeuse qui s’est essayée au rap. « La citoyenneté
ne correspond pas au genre de choses sur lesquelles j’écris mais ça m’a permis de changer. Je me suis demandé ce que je ferais
si j’étais maire et je crois que je mettrais l’accent sur la sécurité des enfants et la lutte contre les discriminations. »
Un studio qui a vu passer d’autres femmes talentueuses, comme Alicia Keys.
La rage féminine
Les candidates veulent aussi donner une autre image du rap. « Quand on pense hip hop, rap ou R&B, on pense aux hommes sans penser qu’une femme puisse avoir la même rage. » Pourtant, Aurélie et les autres concurrentes écrivent des textes intelligents, qui font écho à un quotidien parfois difficile, comme le sous-entend la jeune femme : « Pour certains, la musique est le seul moyen de se livrer, y’a pas besoin d’en rajouter ». À l’association Dans ta face promotion, on regrette que le rap soit trop souvent associé à la violence, à la vulgarité, à la drogue. Les jeunes artistes ont une plume capable
de combiner expression artistique, revendications, intelligence, citoyenneté… et féminité.
Dans son texte, Laura reconnaît être parfois crue, mais elle exprime ses idées avec clarté : « Si j’étais maire de ma ville, c’est une situation tellement loin du possible, une pensée inaccessible ; alors je créerais une anti-ville pour panser les blessures d’une France devenue trop docile ; en souffrance permanente depuis que l’encre de son âme a coulé dans la capitale ; je ferais un hold-up à l’Élysée pour faire le check-up d’un pays maltraité par ces propres citoyens… Crois-tu que le 8 mars soit la journée de l’égalité ; que la femme puisse danser sur le même piédestal que son animal ; que le statut de première dame soit si honorable ». Comme les autres finalistes, les Bourguignonnes gardent en tête que ce concours est une opportunité d’aller à New York pour enregistrer une chanson dans le studio Quad – celui qui a vu passer Whitney Houston, Alicia Keys ou encore Shakira. Le tournage d’un clip dans la grosse pomme finit de les faire rêver avant, peut-être, qu’elles ne se lancent dans la véritable course à la mairie de leur ville. Les résultats du concours seront connus courant juillet. Pour les élections municipales du rap, il faudra patienter encore un peu.
En route pour une aventure où l’acte citoyen se met au rythme du rap.