Une directrice générale, Delphine Still. Un président, Xavier Mirepoix. À la tête de la Chambre de commerce et d’industrie de Côte-d’Or, un tandem mixte qui démontre que la complémentarité femme-homme a toute sa place dans le monde économique.
Par Patrice Bouillot
Photo : Christophe Remondière
Les mentalités évoluent mais les chiffres sont obstinés : à poste et à compétences équivalents, les femmes gagnent 9 % de moins que les hommes en moyenne, elles n’occupent qu’environ 30 % des postes à responsabilité dans la fonction publique d’État ou territoriale, elles ne pèsent que 42 % dans les conseils d’administration des entreprises du Cac40 et, en 2017, un dirigeant d’entreprise sur quatre seulement était une femme. Sans parler du temps partiel subi, des discriminations à l’embauche autour de la fameuse question de la maternité que certains recruteurs persistent à poser et des titres que d’aucuns
(y compris des femmes) refusent de féminiser – avocate, directrice ou professeure… On pourrait multiplier les exemples.
Pas de différence …
Sur la place des femmes dans le monde professionnel, la Chambre de commerce et d’industrie de Côte-d’Or, elle, montre l’exemple avec, à sa tête, un binôme mixte bien huilé : Xavier Mirepoix dans le costume de président, Delphine Still dans celui de directrice générale. Il y a davantage d’élus que d’élues – 20 femmes sur 50 représentants du monde de l’entreprise élus par leurs pairs –, mais dans les services, les dames représentent 70 % de l’effectif. « Nous avons fait le choix de ne pas proposer de services spécifiques aux femmes cheffes, créatrices ou repreneuses d’entreprise, explique Delphine Still. Après tout, l’étude de marché ou le business plan sont les mêmes, pour un créateur ou une créatrice ! » « Certaines femmes ont probablement besoin d’un accompagnement sur des questions liées par exemple à la confiance en soi et dans ce cas nous répondons présent, sans avoir besoin de l’afficher », ajoute Xavier Mirepoix, qui a peu à peu convaincu sa directrice générale de se montrer davantage publiquement, de prendre la parole, alors qu’elle avait plutôt choisi de privilégier le management interne aux missions de représentations externes elles aussi associées à sa fonction.
… Ni de guerre d’égos !
Ces deux-là sont visiblement sur la même longueur d’ondes. « L’important, c’est d’avoir une relation de confiance et de respect mutuel, ce qui dépasse la question de savoir s’il y a un homme ou une femme dans le siège, assure le président de la CCI 21. Nous avons des sensibilités différentes, peut-être un peu plus intuitives pour une femme, un peu plus démonstratives pour un homme, mais en tout cas très complémentaires, comme le sont nos fonctions. » « Quand il y a un tandem homme-femme à la tête, je constate qu’on n’observe pas de confrontations façon “guerre d’égos” auxquelles on assiste parfois dans des organisations dirigées par des hommes uniquement », complète Delphine Still.
Madame la directrice générale et monsieur le président se mobilisent au quotidien en faveur d’un équilibre femmes-hommes dans le monde économique. Sur la question de l’orientation des jeunes notamment, où les filières restent « genrées » : 71 % de garçons dans les sections scientifiques de l’université, 70 % de filles en lettres et sciences humaines, 85 % d’hommes dans le secteur numérique et 85 % de femmes dans les métiers du paramédical et du social. « Nous travaillons avec l’Éducation nationale et les établissements, et à travers notre compétence dans l’apprentissage, sur les inconscients collectifs qui font que certains métiers paraissent “réservés” aux garçons et d’autres aux filles », explique Delphine Still. « Dans le bâtiment, les travaux publics ou l’industrie, les choses évoluent, se réjouit Xavier Mirepoix. Nous avons aujourd’hui des femmes qui ont pris la tête d’entreprises industrielles, à l’image de Natacha Piot chez Cita Production à Lamarche-sur-Saône ou de Catherine Petitjean chez Mulot et Petitjean à Dijon. »
Génération Z
Il n’en reste pas moins que, sur les quelque 22 000 ressortissants de la CCI en Côte-d’Or, les femmes dirigeantes se trouvent plutôt dans le commerce, les services à la personne et le consulting, à la tête de très petites entités. « Les nouvelles générations bousculent les choses, constate le président. Les hommes sont bien davantage investis dans la vie familiale qu’avant et les femmes veulent s’accomplir professionnellement. Et puis une tendance s’affirme : 30 % des étudiants de Burgundy School of Business par exemple assurent qu’ils n’ont pas envie d’être des salariés, ils veulent créer leur entreprise, qu’ils soient garçons ou filles. » Les enfants de la génération Z, celle des start-ups et de l’entrepreneuriat individuel, sonnera-t-elle le glas des différences femmes-hommes sur le marché du travail ?