Avec son équipe de l’École polytechnique fédérale de Lausanne, Grégoire Courtine vient de faire remarcher sept personnes paralysées depuis des années. Ce Dijonnais n’a pas volé
son titre de « monsieur Miracle ».
Par Olivier Mouchiquel
Photo : D.R.
Installé en Suisse, jeune papa et heureux mari d’une épouse texane, pianiste et pratiquant d’escalade, Grégoire Courtine est l’un des scientifiques les plus suivis au monde. Et pour cause, sa découverte est grandiose : « Nous pouvons désormais affirmer que la stimulation électrique de la moelle épinière permet à des patients paralysés de remarcher. » Du moins en laboratoire, avec un système de suspension : « Nous ne savons pas encore à quel point nous pouvons produire une réorganisation nerveuse permettant une récupération neurologique sans stimulation », nuance le Dijonnais, qui a « upgradé un pacemaker utilisé pour la stimulation cérébrale des personnes souffrant de Parkinson. Implanté dans l’abdomen, connecté à un champ d’électrodes, il stimule la moelle épinière. Une tablette ajuste cette stimulation ».
Ne pas abandonner
Si certains arrivent à faire quelques pas à l’extérieur avec un déambulateur, il faut rester prudent en toute circonstance. « Quand on est paralysé avec des déficits neurologiques sévères, chaque petit progrès est une victoire. On espère qu’avec le développement d’outils médicaux pratiques et robustes, des systèmes permettront d’améliorer la qualité de vie. »
Les échecs ont été nombreux mais Grégoire est un obstiné.
« J’ai toujours dit à mon équipe : on échoue seulement le jour où on abandonne. On s’est battus et on a tout optimisé. » Dirigeant d’un laboratoire d’une trentaine de personnes, il rêve de créer avec sa collègue neurochirurgienne Jocelyne Bloch un centre de neurochirurgie restaurative, regroupant les ingénieurs de l’École polytechnique et des équipes médicales professionnelles, pour faciliter la recherche clinique.
Son conseil à une jeune femme qui aimerait devenir scientifique ? « Il ne faut pas hésiter ! Ce n’est pas un travail, c’est le rêve d’une vie. Je n’aime pas trop le discours “C’est un milieu d’hommes, difficile à affronter” parce que nous sommes tous concernés par le défi de la vie. »