Carine Montrésor, professeure de gestion, est coordinatrice de la mission de lutte contre le décrochage scolaire au lycée Hippolyte-Fontaine à Dijon. Elle est également fondatrice et présidente de Jumps, association qui aide les jeunes sportifs de haut niveau à financer leur pratique. Entretien avec une femme dont la vocation est d’aider les autres.
[Femmes en Bourgogne] Le 27 août dernier, vous avez reçu, des mains de Geneviève Avenard, défenseuse des enfants, l’insigne de chevalier de l’Ordre national du mérite. Une distinction que vous a accordée le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer. En quoi est-ce important à vos yeux ?
[Carine Montrésor] Cette médaille me rappelle que j’ai toujours voulu être parmi les meilleurs. Par exemple, plus jeune, je pratiquais l’athlétisme à haut niveau, la course sur 100 et 200 mètres, jusqu’en championnat de France en 1987. On se souvient de Marie-José Pérec, mais pas de Carine Montrésor, c’est dommage pour moi ! [rire] J’ai aussi beaucoup chanté, du gospel, du jazz, j’ai fait une tournée avec Zouk Machine et même enregistré un disque au début des années 1990. Dans un autre registre, je fus élue reine d’Écuisses, le village de Saône-et-Loire où j’ai grandi et où j’étais la seule jeune fille noire. Mon parcours de vie est marqué par cette conviction qu’il faut toujours se battre, ne jamais renoncer. J’ai pris des claques, cela m’a appris l’humilité, mais je suis restée tenace, pugnace. Ma fille dit de moi que je suis une « besogneuse ».D’où cela vous vient-il ?
Quand on est un enfant de la Ddass, une petite fille noire dans un milieu rural complètement blanc, c’est dur, croyez-moi ! J’ai vite compris que, pour y arriver, je devrais faire mes preuves et être meilleure que les autres. À l’école, dans le sport, dans la musique… Cela façonne une personnalité. Et cela vous convainc aussi que tout est possible quand on s’accroche. Je ne serais pas devenue celle que je suis si je n’avais pas connu des galères.
Ce sens de l’effort, du combat, c’est cela que vous transmettez à vos élèves décrocheurs et qui explique leur succès ?
Probablement. Le groupe que j’encadre est constitué de jeunes garçons et de jeunes filles déjà cabossés par la vie. Ce sont des enfants qui ont besoin d’un accompagnement spécifique, très individualisé. Comme je le dis souvent, avec eux, on fait moins mais on le fait mieux. Alors on travaille en petits groupes, avec moins d’heures de cours, je les suis de près, je les soutiens pour qu’ils retrouvent confiance en eux. Et le résultat, c’est qu’ils obtiennent tous leur bac à la fin. C’est la preuve que « l’échec scolaire n’existe pas », pour reprendre le titre du dernier ouvrage de l’essayiste Juliette Spéranza, native de Dijon. C’est aussi l’illustration concrète de la formule qui me sert de guide : « Un chemin pour chacun, la réussite pour tous.
Cette réussite vous a valu d’ailleurs une reconnaissance internationale, carrément !
J’ai eu l’honneur d’être repérée parmi les 100 leaders en éducation du Global Forum for Education and Learning (GFEL), qui a remis ses awards à Dubaï en juin 2019. Je suis sensible à ces reconnaissances. Je voudrais aussi remercier ici Marlène Schiappa [ndlr : ministre déléguée auprès du ministre de l’Intérieur chargée de la Citoyenneté], qui m’a accordé l’an dernier le prix des 1000 Possibles récompensant des femmes agissant en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes..
Jumps fête ses cinq ans, le 10 avril. Là encore, vous voulez aider des jeunes à accomplir leur destin…
Aujourd’hui, l’association accompagne six sportifs de la région, dont Léa Ferney, médaillée aux derniers Jeux paralympiques en tennis de table. Là encore, on ne peut se résoudre à voir des jeunes talents abandonner faute de moyens financiers. Ils doivent croire en eux, et pour cela, il faut que l’on croie en eux ! C’est la vocation de Jumps, qui organise par ailleurs son 4e colloque le 21 mars prochain auquel je vous convie tous.
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